Jeudi, 22 Mars, 2018

Havre nuit d'Astrid Manfredi,
invitée au Festival du Premier Roman et des Littératures Contemporaines (du 12 au 15 avril 2018)


Astrid Manfredi a un petit plus, un petit quelque chose que d’autres auteurs n’ont pas. Son écriture, c’est comme une signature. Elle est immédiatement identifiable.

Nous sommes un 31 décembre. Une femme prend Laszlo en stop entre Paris et Le Havre. Il ne fait pas vraiment du stop, il est assis dans un relais d’autoroute et veut rallier Le Havre. Il se présente : Laszlo Kovak. Pendant le trajet, ils hésitent. Ils basculeraient volontiers dans le plaisir sans lendemain. Pourtant elle le conduit à destination et l’invite dans une soirée de réveillon où elle le perd dans l’alcool et la fumée. Une autre femme, Estelle, est collée à Laszlo.

La jeune Estelle apparaît dans la rubrique des faits divers le lendemain, elle a été assassinée.

La narratrice de « Havre nuit » est cette femme de l'auto-stop. Elle a perçu la dangerosité de l’homme et raconte l’histoire de Laszlo, jeune homme torturé, né de Kovak, père comparable à un Dieu vivant, et Lisette, raide dingue amoureuse de son amant. Kovak est mort comme James Dean, et personne ne s’en est jamais remis.

Laszlo est beau et nonchalant, comme son père. Il multiplie les conquêtes et s’enivre quand les rapports physiques frôlent la violence.

Un jour il tombe amoureux d’Alice Casabelle. Elle a dans les yeux une lueur qui le cloue sur place. Cette femme s’installe en lui comme une obsession frustrante. Tout en recherchant Alice, il la fuit.

Laszlo court le monde. Son obsession pour Alice ne cesse de grandir et le transforme en tueur en série.

Il bourlingue depuis une vingtaine d’années quand il est pris en stop par la narratrice. Il se rend au Havre pour se rapprocher d’Alice, sa clé de voûte.

La narratrice remonte le cours de la vie de Lazlo puis celle d’Alice mais elle remonte aussi les vies de Fabio et de Louise, les parents d’Alice, et elle raconte Lisette et Kovak, les parents de Laszlo.

Astrid Manfredi tutoie et vouvoie ses personnages. Elle déploie un talent de loup pour embrouiller le lecteur. On est bousculé par les « tu » et les « vous » car Havre nuit est écrit à la deuxième personne. Cette construction originale impose un petit effort au lecteur. Écriture « rentre dedans » Genre je t’attrape, je te secoue, je te balance les mots à la figure et toi lecteur, tu ne bronches pas d’un poil parce que c’est franc, direct, c’est très rythmé et ça plaît !

Un deuxième roman, c’est un envol ou un crash. Astrid Manfredi vole bien haut désormais. Elle est passée Maître dans l’art d’écrire des petites phrases épouvantablement efficaces. « Havre nuit » ne laisse pas indifférent, il interpelle.

La fin se referme comme un coffret et Astrid nous remet les clés.

Magnifique !